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CapitalMai 20266 min de lecture

Échanges dette contre climat : changer d'échelle ou renoncer

Des échanges de dette à grande échelle ne seraient pas une faveur accordée par l'Europe. Ils sont la condition minimale d'une relation équilibrée avec l'Afrique.

En 2024, l'Afrique a consacré 102,6 milliards de dollars au service de sa dette extérieure, soit 2,3 fois les 44 milliards de dollars de financements climat recensés sur le continent en 2021-2022. En comparaison, les échanges de dette contre des engagements climatiques ou environnementaux conclus en Afrique (Seychelles, Gabon, Cabo Verde) représentent au total moins de 700 millions de dollars, soit à peine 0,7 % d'une seule année de remboursements.

Un déséquilibre flagrant

Le déséquilibre est évident. Alors que Bruxelles, Paris et Berlin multiplient les partenariats verts et les accords climatiques, les pays africains versent à leurs créanciers étrangers plus du double de ce qu'ils reçoivent pour adapter leurs économies au changement climatique. Le principe de l'échange dette contre climat, qui consiste à annuler ou restructurer une partie de la dette publique en échange d'investissements verts dans le pays, existe sous différentes formes depuis 1987. Le Policy Center for the New South en souligne le potentiel et la Banque mondiale en a chiffré l'ampleur possible. Si ces opérations restent rares, ce n'est ni pour des raisons techniques ni pour des raisons financières, mais pour des raisons politiques.

Changer de perspective

Cette rareté arrange les créanciers : tant que la dette africaine rapporte des intérêts réguliers, toute restructuration apparaît comme une perte. Il faut changer de perspective. Des échanges de dette à grande échelle ne seraient pas une faveur de l'Europe, mais la condition d'une relation d'égal à égal entre la Banque africaine de développement (BAD), l'Agence française de développement (AFD), la KfW et la Banque européenne d'investissement (BEI). S'ils ne sont pas articulés avec la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), si les pays africains ne contrôlent pas l'usage des fonds libérés et si les financements ne s'inscrivent pas dans la durée, ces échanges ne feront que donner une apparence verte à une dépendance ancienne. La souveraineté consiste à transformer la dette en capacités de production locales, en interconnexions énergétiques et en chaînes de valeur entre pays africains.

Sans changement d'échelle, les échanges de dette resteront une opération de communication.

Efficient Network — Conseil en stratégie et développement MEA.